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Méditer : pourquoi....?

La méditation pour guérir: la science s'en mêle

Par Gilbert Charles,


En 2004, une étude menée par une équipe de chercheurs de l'université du Wisconsin sur un groupe de moines tibétains a démontrée que la méditation intensive provoquait "une forte augmentation des ondes gamma à haute fréquence" dans l'activité cérébrale de ceux-ci.

Oubliez les pseudo-gourous: les sciences les plus pointues démontrent les effets du psychisme sur le corps. Et ses vertus thérapeutiques encore peu explorées.

Le "pouvoir de l'esprit" a longtemps fait partie de la rhétorique des charlatans. Il évoque l'intervention divine, c'est pourquoi les scientifiques et les médecins s'en sont longtemps méfiés.

Il a fallu des siècles pour que son rôle soit reconnu dans l'effet placebo, dans l'hypnose ou la psychanalyse. L'idée qu'il soit possible d'altérer le métabolisme humain par de simples exercices de pensée paraissait jusqu'à récemment complètement farfelue. Dans les années 1980, des chercheurs américains ont commencé à s'intéresser aux effets de la méditation sur l'organisme et ont découvert de "troublantes coïncidences". Depuis une dizaine d'années, les données sont devenues plus précises, grâce aux progrès de l'imagerie cérébrale et de l'informatique, et montrent que l'esprit influence bien la matière et le corps.

La méditation intensive épaissit une région centrale du cerveau

En 2004, Matthieu Ricarda ainsi participé à une étude menée par une équipe de chercheurs de l'université du Wisconsin, à Madison, qui consistait à comparer l'activité cérébrale de moines tibétains pratiquant la méditation intensive depuis des dizaines d'années avec celle de volontaires novices. Les électroencéphalogrammes ont mis en évidence "une forte augmentation des ondes gamma à haute fréquence" chez les moines par rapport au groupe témoin.

D'autres différences ont été repérées à l'aide d'un système d'imagerie par résonance magnétique nucléaire (RMN): une activité élevée dans la zone préfrontale gauche du cortex, qui semble submerger l'activité de la partie droite, siège de l'anxiété.

Confirmation apportée en mars 2010 par une expérience similaire, réalisée par une équipe de l'université de Montréal, au Québec: celle-ci montre que la pratique intensive de la méditation épaissit littéralement une région centrale du cerveau (anterior cingulate) qui régule la sensibilité à la douleur: les adeptes du zen ont un nombre sensiblement plus élevé de cellules gliales dans cette zone, ce qui leur donnerait une plus grande résistance à la souffrance physique.

De leur côté, des chercheurs australiens et norvégiens ont identifié une forme d'onde cérébrale, dite thêta, spécifique aux états de "relaxation attentive", qui se distingue nettement des ondes produites par la simple relaxation ou par le sommeil. Elle provient de la partie frontale du cerveau, siège des processus mentaux conscients.

Se faire des muscles rien qu'en y pensant

La méditation modifie le cerveau lui-même, mais agit aussi sur le système hormonal, vasculaire et même musculaire. Des adolescents obèses du collège d'Augusta, en Géorgie, ont vu en moyenne leur pression artérielle baisser de 5 points après trois mois d'exercices de méditation réguliers.

Une étude en double aveugle menée par des médecins de l'hôpital Northwestern Memorial d'Evanston, dans l'Illinois, démontre également l'efficacité de certaines techniques de relaxation sur l'insomnie. D'autres expériences sont en cours pour le traitement de la dépression, des troubles cardio-vasculaires, de l'asthme ou des douleurs lombaires.

Plus étonnant: la pensée aurait aussi un pouvoir sur les muscles. Des chercheurs de la Cleveland Clinic, dans l'Ohio, viennent ainsi de découvrir que l'entraînement mental peut améliorer la force musculaire, tout comme l'exercice physique. Des volontaires ont été astreints, quinze minutes par jour, durant trois mois, à se relaxer, totalement immobiles, en imaginant qu'ils soulevaient un poids à bout de bras.

A la fin de l'expérience, ils avaient acquis une force musculaire dans le biceps plus élevée que les individus du groupe témoin qui s'étaient, eux, réellement entraînés physiquement! Explication: la puissance ne dépend pas seulement de la masse musculaire, mais de l'intensité du signal nerveux envoyé par le cerveau aux muscles. La force de la pensée, au sens propre.

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Le moine bouddhiste Matthieu Ricard explique pourquoi il croit aux "neurosciences contemplatives".

Vous participez depuis de nombreuses années à un programme de recherche sur les "neurosciences contemplatives". De quoi s'agit-il?

En 2000, après une rencontre entre le dalaï-lama et les spécialistes de l'institut Mind & Life, fondé par le regretté Francisco Varela, un chercheur en neurosciences renommé, et par Adam Engle, un homme d'affaires américain, plusieurs études ont été lancées, auxquelles j'ai eu la chance de participer.

Elles ont été menées dans les laboratoires de Francisco Varela en France, de Richard Davidson et Antoine Lutz à Madison, de Paul Ekman à San Francisco et Robert Levenson à Berkeley, de Jonathan Cohen à Princeton et de Tania Singer en Suisse, à Zurich. Il s'agissait de mesurer les effets à court et à long terme de l'entraînement de l'esprit.

Quels bénéfices thérapeutiques de la méditation ces recherches ont-elles permis d'établir?

Elles ont montré que vingt minutes de pratique journalière suffisaient pour obtenir une diminution de l'anxiété, du stress ou de la tendance à la colère (dont les effets néfastes sur la santé sont bien établis).

Chez les patients ayant déjà vécu au moins deux épisodes dépressifs graves, la méditation associée à une thérapie cognitive pendant six mois, sur le modèle du programme Mindfulness-Based Cognitive Therapy (MBCT), réduit le risque de rechute de 40% environ. Et l'effet perdure un an plus tard.

Le Mindfulness-Based Stress Reduction (MBSR), mis au point par le biologiste Jon Kabat-Zinn il y a déjà trente ans, est, lui, utilisé aujourd'hui dans plus de 200 hôpitaux aux Etats-Unis. Huit semaines de méditation sur la "pleine conscience", à raison de trente minutes par jour, permettent aussi un renforcement notable du système immunitaire, une diminution de la tension artérielle chez les sujets hypertendus, une accélération de la guérison du psoriasis ou encore une réduction des phénomènes inflammatoires. Des études sont également en cours sur des personnes ayant subi une opération cardiaque, pour mesurer l'influence de la méditation sur leur survie au bout d'un an.

Au bout de combien de temps constate-t-on une amélioration?

Ce qui est indispensable n'est pas tant de méditer pendant de longues durées, mais de le faire régulièrement. Une trentaine de jours environ sont nécessaires pour qu'apparaisse une modification des fonctions neuronales. En France, nous avons quinze ans de retard. Les techniques de thérapie cognitive utilisant la pleine conscience ont longtemps été accusées d'être des solutions superficielles, comparées à la psychanalyse, qui prétend aller plus en profondeur. C'est un préjugé, qui ne repose sur aucune base psychologique ou scientifique. Aujourd'hui, nous sommes dans un âge d'or des neurosciences contemplatives. C'est passionnant et il y a encore beaucoup à découvrir

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Pouvons-nous guérir par la méditation


Le plus important consiste à voir nos difficultés comme positifs, à en devenir l’ami, à comprendre en quoi elles nous aident à évoluer.

Avec le progrès des psychologies, et notamment de la psychologie transpersonnelle, les Occidentaux commencent à comprendre l’avantage de pratiquer la méditation pour s’assurer une bonne santé mental. Entretien avec Tulkou Thondoup Rinpotché. (extraits)

Né au Tibét oriental, Tulkou Thondoup Rinpotché, discipe de l’école Nyingmapa, a dégagé pour les Occidentaux l’essence même de la vision tibétaine de la santé, pas seulement de la santé mentale et physique, mais également de la santé spirituelle. Il est l’auteur d’un best seller "L’infini pourvoir de la guérison" paru aux éditions Le Courrier du Livre.

Avec le progrès des psychologies, et notamment de la psychologie transpersonnelle, les Occidentaux commencent à comprendre l’avantage de pratiquer la méditation pour s’assurer une bonne santé mentale. Mais ils éprouvent sans doute encore quelque difficulté à imaginer que cette même méditation puisse avoir un quelconque retentissement sur leur santé physique. Comment leur démontrer le pouvoir de l’esprit dans les processur de guérison du corps ?

Effectivement, le pouvoir de l’esprit est énorme ; et la méditation, ou en tout cas avoir une grande influence sur la guérison. Et ce n’est pas seulement là une façon de parler, mais bien une certitude dans la tradition du bouddhisme tibétain où la guérison par l’esprit fait partie de la façon de vivre. Ainsi, lorsque quelqu’un est malade, au Tibet, il va d’abord consulter un lama, afin qu’il lui indique une pratique de méditation. Et ce n’est qu’ensuite qu’il ira voir son médecin. Dans d’autres cas, lorsque les médicaments se sont avérés inefficaces contre la maladie, une méditation ou des mantras spécifiques peuvent inverser le processus pathologique et avoir des effets tout à fait positifs. Un de mes amis, dans ma communauté du Massachusetts, eut un cancer à deux reprises. La première fois, les médecins l’avaient condamné en lui disant qu’il ne lui restait plus que cinq mois à virvre. Il s’est donc préparé à l’éventualité de mourir et s’est mis à pratiquer la méditation de manière intensive. Cinq mois plus tard, non seulement il était encore en vie, mais il n’y avait plus trace de cellules cancéreuses. Les médecins ne comprenaient pas... Il a vécu cinq ans sans ennuis, puis a subi une récidive. Mêmes menaces de la part des autorités médicales : l’opération ou la mort ! Mais, comme on lui promettait également de finir sa vie dans un fauteuil roulant après l’opération, mon ami préféra la méditation... qui, une fois de plus, le guérit. Il a maintenant quatre vingt-trois ans et se porte parfaitement bien.

Comment expliquer de telles guérisons ?

Il y a deux raisons. La première est facile à comprendre : lorsqu’on médite, l’esprit s’apaise, se calme...et entraîne très vite une relaxation physique et énergétique. Une telle détente crée, en quelque sorte, un espace dans lequel les énergies circulent plus facilement. Rappelons, en effet, que s’il nous arrive d’être malade, c’est parce qu’un blocage est apparu au niveau énergétique. Le corps et l’esprit sont évidemment liés ; et toute deconnexion entre eux, même partielle, toute dysharmonie, même temporaire, perturbe de courant énergétique et favorise l’apparition de maladies. Grâce à la méditation, on peut donc recréer l’harmonie entre le corps et l’esprit. Mais, au-delà de cette relaxation de base et c’est la seconde raison de ces guérisons, il existe des techniques spécifiques, telles que la visualisation, qui permettent de stimuler positivement les forces de guérison.

Quelles sont ces techniques ?

Elles sont nombreuses, mais ne doivent évidemment pas être abordées sans un minimum de préparation. Il faut, bien sûr, avant tout savoir se décontracter, adopter une posture convenable, respirer correctement, créer un espace mental de paix, puis apprendre à visualiser, se concentrer, être attentif, s’ouvrir, se fondre... Une fois cela acquis, il deviendra important d’apprendre à aborder les difficultés d’une manière adéquate. Il faut, tout d’abord, les accepter les reconnaître, puis en trouver la source, les dénouer en les ressentant pleinement, et tout cela dans le calme. Mais le plus important consiste à voir nos difficultés comme positifs, à en devenir l’ami, à comprendre en quoi elles nous aident à évoluer.

Tout vient de l’esprit, pourquoi ne pas utiliser l’esprit comme méthode ?

Tulkou Thondoup Rinpotché